Microbiote et édulcorants

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Le terme microbiote est de plus en plus populaire. En effet, plusieurs études scientifiques se sont réalisées récemment pour évaluer ses caractéristiques, ses bienfaits sur la santé et ses interactions avec les aliments. Un exemple de ceux-ci est la consommation de fibres alimentaires. Les études scientifiques ont observé que le microbiote intestinal métabolise les fibres pour produire de nouveaux composés bioactifs, les acides gras à chaîne courte, ayant un impact sur le métabolisme et l’immunité de l’hôte. Ces composés peuvent expliquer entre autres les avantages observés des fibres sur la santé comme une amélioration de la satiété et de la santé digestive et une diminution de l’inflammation.

Les édulcorants sont présents dans plusieurs produits commerciaux comme les boissons sucrées, les desserts, les bonbons, les gommes à mâcher et les confitures. Malgré un pouvoir sucrant, ils contiennent très peu ou pas de calories. Ils peuvent donc être perçus comme une alternative intéressante aux « sucres traditionnels » en réduisant les apports énergétiques et les sucres ajoutés en plus d’avoir des effets limités sur la glycémie (taux de sucre sanguin). Les édulcorants les plus utilisés sont

  • l’acésulfame-K
  • l’aspartame
  • le cyclamate
  • la saccharine
  • les glycosides de stéviol
  • le sucralose et les sucres alcools ou polyols (incluant le mannitol, le sorbitol et le xylitol)

Différentes organisations de la santé mentionnent que leur consommation est sécuritaire en respectant leur quantité maximale par jour.

Certains types d’édulcorants sont naturellement présents dans les aliments et peuvent causer des inconforts intestinaux chez les gens avec un syndrome de l’intestin irritable comme le mannitol et le sorbitol qui ont des propriétés prébiotiques et des effets laxatifs. Ces deux types de sucres se retrouvent d’ailleurs dans l’alimentation faible en FODMAP, très populaire dans les dernières années pour cibler les intolérances alimentaires lors de troubles gastrointestinaux.   

Par contre, les édulcorants continuent de faire l’objet de plusieurs controverses dont leur effet sur le microbiote intestinal. Voici d’ailleurs le résumé d’études des effets de certains d’entre eux sur les bactéries intestinales :   

  • La consommation d’acésulfame-K a augmenté les bactéries Firmicutes et réduit les Akkermansia muciniphila chez des souris. Une étude chez l’humain n’a montré aucun effet alors que d’autres études ont montré des changements du microbiote et des acides gras à chaîne courte comme le butyrate et le pyruvate.  
  • La consommation d’aspartame a démontré des altérations du microbiote chez les rongeurs en réduisant l’abondance des Enterococcaceae, des Enterococcus et des Parasutterella et en augmentant l’abondance des Clostridium cluster IV. Une étude chez des rats a aussi observé des altérations du microbiote intestinal et de la glycémie à jeun lors de l’utilisation de l’aspartame pendant huit semaines. Une étude chez l’humain a montré que l’administration de l’aspartame avec du maltodextrine a augmenté la croissance des Bifidobacterium et Blautia coccoides et a réduit le ratio Bacteroides/Prevotella.  
  • Pour le sucralose, une étude avec des hommes a observé aucun changement dans le microbiote. Une autre étude a constaté une augmentation de l’abondance de bactéries pro-inflammatoires Turicibacter après l’administration du sucralose. Une seconde étude chez 13 participants a trouvé une augmentation de l’abondance de Escherichia, de Shigella et de Bilophila avec le sucralose. Quelques études chez les souris ont observé des modifications du microbiote telles qu’une réduction des Bacteroides et une augmentation des Clostridium cluster XIVa.  
  • L’administration de la saccharine a augmenté l’abondance des bactéries Bacteroidetes, Turicibacter et Clostridiales et réduit celle des Firmicutes et des Akkermansia muciniphila, observations faites chez l’animal ou in vitro.  

Chez l’humain, une étude de 381 sujets non diabétiques a observé des corrélations entre la consommation d’édulcorants et les marqueurs du syndrome métabolique. La consommation d’édulcorants était positivement corrélée à des niveaux supérieurs d’hémoglobine glyquée (glycémie moyenne des trois derniers mois). Des auteurs suggèrent que le microbiote peut être impliqué dans la modulation des préférences gustatives et de la consommation d’édulcorants par la manipulation de l’expression des récepteurs du goût.   

Ainsi, étant donné le peu d’études scientifiques chez l’humain, un consensus d’experts a conclu que les données actuelles sont limitées et ne fournissent pas de preuves suffisantes que les édulcorants affectent la santé intestinale à des doses pour une utilisation humaine. Ainsi, la science doit continuer à évaluer leur effet potentiel sur le microbiote humain à court et à long terme. Plusieurs différences sont présentes entre les études dont le dosage, la population évaluée et le type d’études, ce qui limite la généralisation des résultats.

Ainsi, des changements dans le microbiote intestinal ont été observés dans les études chez l’animal. D’autres études sont nécessaires pour évaluer leurs effets potentiels sur un exposition à long terme chez l’humain.


Références :

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Turner A, Veysey M, Keely S, Scarlett CJ, Lucock M, Beckett EL. Intense Sweeteners, Taste Receptors and the Gut Microbiome: A Metabolic Health Perspective. Int J Environ Res Public Health. 2020 Jun 8;17(11):4094.

Équipe Andréanne Martin www.andreannemartin.com