Qu’est-ce qu’une allergie alimentaire?

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Imaginez devoir considérer comme un poison un aliment qui est en fait parfaitement inoffensif et même sain pour la plupart des gens. C’est la réalité quotidienne des quelque 2,3 à 3,1 millions de Canadiens qui souffrent au moins d’une allergie alimentaire.  

Mais contrairement à un poison, un allergène alimentaire ne cause pas directement de dommages. Au lieu de cela, il retourne votre propre système de lutte anti-infections contre vous. L’allergie alimentaire diffère également de l’intolérance alimentaire. Une intolérance alimentaire est une réaction indésirable à une substance alimentaire ou à un ingrédient. Elle affecte le système digestif, puisqu’il s’agit de l’incapacité à digérer ou à absorber certains aliments. 

Si vous souffrez d’une allergie alimentaire, votre organisme interprète à tort un composant de cet aliment (généralement une protéine) comme étant dangereux, ce qui active le même système de défense qui combat les virus envahissants, tel que celui à l’origine de la grippe. La prochaine fois où vous entrez en contact avec cet allergène, votre corps passe en mode attaque et provoque une réaction allergique. 

Les allergies alimentaires se divisent en deux catégories. Celle que la plupart connaissent est ce que l’on appelle une « allergie alimentaire médiée par les immunoglobulines E » (IgE). Votre système immunitaire produit des protéines appelées anticorps qui servent à reconnaître et à éliminer les virus et les bactéries. L’IgE est l’un de ces anticorps. Si votre organisme confond un aliment avec un envahisseur nuisible, il produit généralement des anticorps IgE conçus pour reconnaître cet aliment spécifique.

Les allergies alimentaires IgE-médiées sont susceptibles de provoquer une réaction allergique grave, potentiellement mortelle, appelée anaphylaxie. Ces réactions allergiques se déclenchent généralement dans les minutes qui suivent l’ingestion de l’allergène alimentaire, bien qu’elles puissent parfois survenir quelques heures plus tard.

Dans le cas des allergies alimentaires non induites par les IgE, d’autres parties du système immunitaire réagissent à l’allergène. On estime que les globules blancs, connus sous le nom de « lymphocytes T », sont les principaux acteurs de nombreuses réactions allergiques alimentaires IgE-médiées     . Dans cette catégorie d’allergies alimentaires, les réactions ne commencent généralement pas avant plusieurs heures, voire plusieurs jours, après l’ingestion de l’aliment.

Il est possible pour une personne de souffrir à la fois d’allergies alimentaires IgE-médiées et d’allergies alimentaires non induites par les IgE.

Qui est touché par les allergies alimentaires?

D’après les résultats d’une enquête canadienne menée en 2016 par des chercheurs de l’Université de Calgary et de l’Université de Waterloo, on estime que 6,1 % des Canadiens déclarent avoir une « allergie alimentaire probable »(1), ce qui représente environ 2,3 millions de personnes. Selon les auteurs d’un rapport publié en 2021 par l’Université de Dalhousie, il est possible que ce chiffre soit encore plus élevé, soit jusqu’à 3,1 millions de gens. (Il convient toutefois de noter que plus d’un tiers des personnes interrogées qui ont déclaré souffrir d’une allergie alimentaire ont dit l’avoir diagnostiquée elles-mêmes(2).)

Bien que nous ne sachions pas encore ce qui cause les allergies alimentaires, il semble que les allergies soient héréditaires. Vous êtes plus susceptible de développer une allergie alimentaire si un membre proche de votre famille en souffre, si vous avez déjà une allergie alimentaire ou si vous ou un membre de votre famille souffrez d’eczéma, d’asthme ou de rhume des foins.

L’allergie alimentaire est plus fréquente chez les bébés et les jeunes enfants que chez les enfants plus âgés et les adultes. Mais on peut toujours développer une allergie alimentaire à l’âge adulte.

Dans certains cas, l’allergie alimentaire chez l’enfant finit par se résorber, avec le temps. Cela est plus probable dans le cas d’une allergie aux œufs ou au lait.

Nous savons maintenant qu’il est possible de prévenir l’allergie alimentaire chez de nombreux bébés qui présentent un risque élevé de développer une allergie en raison de facteurs tels que des antécédents familiaux importants. Comment? En commençant à introduire les allergènes alimentaires vers l’âge de six mois environ(3).

Quels sont les allergènes alimentaires les plus courants?

Selon Santé Canada(4), les allergènes les plus courants, également appelés « allergènes prioritaires » dans les aliments, sont les suivants :

  • Œuf s
  • Lait
  • Moutarde
  • Arachides
  • Crustacés et mollusques (fruits de mer)
  • Poisson
  • Graines de sésame
  • Soya

Quels aliments sont responsables de la majorité des réactions anaphylactiques graves?(5)

  • Arachides
  • Noix
  • Fruits de mer
  • Poisson
  • Lait
  • Œufs
  • Blé
  • Sésame
  • Soya

Quels sont les signes et les symptômes d’une réaction allergique à un aliment?

Lorsque l’on fait une réaction allergique à un aliment, les symptômes apparaissent généralement quelques minutes après l’exposition à l’allergène. Mais ils peuvent aussi se manifester plusieurs heures après.

À quoi devrait-on prêter attention? Lors d’une réaction allergique, il est possible de présenter l’un des symptômes suivants(6). Il est important de noter que les enfants peuvent les décrire différemment, par exemple, une « drôle de sensation » dans la bouche ou la gorge.

Zone cutanée

  • Urticaire (bosse rouge et enflée), démangeaisons, éruption cutanée ou rougeur de la peau
  • Gonflement de la langue, du visage ou des lèvres

Système respiratoire

  • Toux, respiration sifflante, difficultés à respirer ou à avaler
  • Étroitesse de la gorge ou de la poitrine
  • Éternuements, congestion nasale, démangeaisons nasales ou larmoiement

Système cardiovasculaire (cœur)

  • Peau pâle ou bleue, étourdissements, vertiges ou évanouissements

Système gastro-intestinal

  • Nausées, douleurs ou crampes abdominales, vomissements ou diarrhée

Autres

  • Certitude que quelque chose de terrible est sur le point de se produire
  • Goût métallique dans la bouche

Le fait de présenter des symptômes appartenant à deux ou plusieurs de ces catégories – même des symptômes légers – est un signal d’alarme indiquant que vous pourriez présenter une réaction anaphylactique grave. Cette réaction doit être traitée en urgence : appelez immédiatement le 911.

Autres faits importants :

  • Vos symptômes peuvent être différents d’une réaction à l’autre
  • Vous ne pouvez pas prédire la gravité de votre prochaine réaction en fonction de votre dernière réaction
  • Des symptômes apparemment bénins peuvent s’aggraver rapidement

Comment les allergies alimentaires sont-elles diagnostiquées?

Le diagnostic des allergies alimentaires n’est pas simple. Tout d’abord, il n’existe pas de test permettant de déterminer si vous souffrez ou non d’une allergie alimentaire. Si vous croyez que vous ou votre enfant souffrez d’une allergie alimentaire, consultez votre médecin qui pourra vous orienter vers un allergologue.

Les allergologues disposent de l’expertise nécessaire pour rassembler les indices provenant de diverses sources afin de poser un diagnostic.

Pour commencer, votre allergologue vous demandera des précisions sur la réaction allergique suspectée et sur les antécédents médicaux de votre famille. Ces questions portent souvent sur le type de symptômes que vous avez ressentis après avoir consommé l’aliment, le temps d’apparition des symptômes après l’ingestion et les allergies dont souffrent d’autres membres de votre famille.

Les tests par piqûre sont un autre outil souvent utilisé par les allergologues(7). Ils consistent à appliquer une petite quantité d’allergène sur une zone de peau de votre dos ou de votre bras, puis à faire une piqûre au même endroit. On effectue cette opération plusieurs fois, chacune avec un allergène différent. Il faut un œil expérimenté pour interpréter ces tests. Des démangeaisons et un gonflement dans la zone de test pour un allergène spécifique indiquent une possibilité d’allergie. Mais il est important de savoir que vous pouvez obtenir un résultat positif à un test par piqûre sans être réellement allergique.

Un test sanguin particulier peut également aider votre allergologue à évaluer la probabilité que vous soyez allergique à un aliment spécifique. Tout d’abord, une petite quantité de votre sang est mise en contact avec un allergène. Ensuite, on analyse l’échantillon pour y détecter la présence d’anticorps IgE correspondant à cet aliment. Mesurer la quantité d’IgE peut aider un allergologue à évaluer la probabilité que vous soyez allergique à un certain aliment(7). Il faut savoir que, comme pour les tests par piqûre, vous pourriez produire des IgE pour un aliment sans y être allergique. Il est également possible de développer une allergie même si aucune IgE n’est détectée dans le sang.

Si, après ces tests, le doute persiste toujours sur l’existence d’une allergie alimentaire, votre allergologue peut vous suggérer un test de provocation orale. Ces tests ne sont effectués que dans des cabinets médicaux, des cliniques ou des hôpitaux par un personnel médical qualifié prêt à administrer un traitement immédiatement, si nécessaire. On vous fait ingérer une petite quantité d’un aliment précis et l’on surveille attentivement votre réaction. Si aucun symptôme n’apparaît après un certain temps, on vous fait ingérer une quantité un peu plus importante, la deuxième fois. Si vous réagissez à l’aliment, cela confirme que vous êtes allergique.

Comment les allergies alimentaires sont-elles traitées?

La principale stratégie de gestion des allergies alimentaires consiste à strictement éviter l’allergène afin de prévenir toute réaction future. Pour cela, il faut apprendre à lire les listes d’ingrédients sur l’emballage des aliments, c’est-à-dire qu’il faut prendre le temps de les lire du début à la fin et éviter d’acheter des produits qui ne comportent pas de liste d’ingrédients. Certains fabricants alimentaires déclarent sur leurs étiquettes l’absence de certaines substances, par exemple « sans arachide », « sans produits laitiers », etc. Lisez ces mentions attentivement, car elles n’éliminent pas la nécessité de consulter la liste d’ingrédients.

En outre, il faut savoir comment éviter que des traces d’allergènes se retrouvent dans les aliments pendant la préparation des repas et le nettoyage.

Malgré vos précautions, une exposition accidentelle pourrait tout de même se produire. Il est donc essentiel de prendre des mesures afin de vous préparer à la pire des réactions, l’anaphylaxie. Pour cela, assurez-vous de disposer, en tout temps, d’un dispositif contenant une dose d’un médicament d’urgence appelé adrénaline.

Votre allergologue vous prescrira l’un de ces auto-injecteurs d’adrénaline en cas de diagnostic d’allergie alimentaire. L’adrénaline n’empêche pas l’anaphylaxie de se produire. Elle inverse temporairement ou prévient une chute de tension potentiellement mortelle, vous permettant de gagner du temps jusqu’à ce que vous puissiez obtenir une aide médicale d’urgence. Entraînez-vous à utiliser votre auto-injecteur et notez sa date de péremption afin de pouvoir en commander un autre avant qu’il ne soit périmé.

Un plan d’urgence écrit pour l’anaphylaxie peut vous aider à reconnaître les signes et les symptômes d’alerte et à vous exercer mentalement à savoir quand et comment utiliser votre auto-injecteur. Ce plan d’urgence est également un outil précieux pour les membres de votre famille, vos amis ou toute autre personne qui serait présente lorsque vous faites une réaction. Il est donc recommandé de donner des exemplaires aux personnes avec lesquelles vous vivez ou que vous voyez régulièrement.

Si votre enfant souffre d’une allergie grave à un aliment comme l’arachide, votre allergologue peut vous proposer un traitement appelé immunothérapie orale. Il s’agit d’un moyen d’amener progressivement le système immunitaire à se désensibiliser à l’allergène. Sous la surveillance d’un médecin expert, l’enfant reçoit une petite quantité de l’allergène. Si aucune réaction n’apparaît, cette dose est maintenue pendant deux semaines, puis augmentée par petites doses suivant un calendrier régulier(8).

Bien que l’immunothérapie orale ne soit pas un remède, elle peut prévenir certaines réactions allergiques. Comment? En augmentant la quantité d’allergène nécessaire au déclenchement des symptômes. Ainsi, votre enfant est protégé contre une exposition accidentelle à de plus petites quantités de l’allergène. Et pour certaines familles, cela offre une tranquillité d’esprit qui peut changer la vie.

Mais même si l’immunothérapie orale n’est pas envisageable, vous pouvez surmonter en partie votre crainte de devoir vivre avec une allergie alimentaire en évitant les aliments concernés et en vous préparant à l’éventualité d’une réaction.


Références :